
& le blanc. Le premier eft affez connu par les groffes mûres noires qu’il
produit ; fa feuille eft épaiife & rude au toucher. Quoiqu’elle produife dan»
le Ver qui s’en nourrit une foie plus forte que celle du Mûrier blanc,
& que 1 arbre dure beaucoup plus long-tems, on lui a préféré ce dernier ,
qui eft moins long a venir, fe multiplie plus aifément, donne plus de
feuilles & pouffe dix à douze jours plutôt.
Le Mûrier blanc a plufieurs variétés parmi lefquelles on diftingue celle»
appellées en Languedoc la Colomba , la Romaine & VEfpagnole.
La feuille Colomba eft mince , lifte , & trois ou quatre fois plut
petite que les deux autres.
La Romaine eft la plus large ôt la plus pleine de fucs , mais feulement
dans la jeuneffe de 1 arbre bien cultivé ; car dans la vieilleffe elle rentre
dans la variété précédente , fur-tout dans un terrein ar^de.
L ’Efpagnole eft plus forte ôt d’un verd plus foncé ; moins large 6c
plus dure que la précédente , elle eft plus tendre Ôt plus large que la
aoire à laquelle elle reffemble.
Si Ion na que du Mûrier noir, on peut s’en fervir fans aucun
inconvénient : mais fi l’on fait une plantation, il faut préférer le blanc
qui pouffe beaucoup plus vite & procure une foie brillante & moèlleufe „
qualités les plus effentielles ôc les plus recherchées.
Le changement de feuilles , c’eft-à-dire de la noire après la blanche,
peut occafionner des maladies & la mort à des Vers foibles & malingres ,
mais on a éprouvé qu’il ne produit aucun mauvais effet fur ceux qui font
tien conftitués. On fe défie encore plus de toutes les variétés de la
blanche , lorfqu’elles font trop fucculentes & trop .greffes, à moins de
leur faire perdre une partie de leurs fucs par la tranfpiration , ce qui fe
fait en les expofant pendant une demi - heure au foleil, fie les étendant
enfuite dans le magafin pour ne les fervir que le lendemain.
La feuille Colomba eft la plus faine ôt la plus délicate ; mais , dan»
le dernier âge fur-tout, il faut avoir attention qu’elle ait acquis toute fa
maturité , fans quoi on auroit de fort mauvais cocons : il eft aifé de s’en
affurer en la réduifant en pâte dans la bouche, elle doit rendre la falive
gomméufe ôc gluante.
Quelque bien conditionnée que fait la feuille elle peut devenir mortelle,.
R elle eft mouillée , ce1 qui dans certaines circonftances devient fort
embarraflant pour l’ouvrier qui eft à la tête de l’éducation. Dans les
premiers âges les Vers mangent fi peu, qu’il eft aifé d’en deffécher pour
deux ou trois repas , en l’éparpillant beaucoup , & la remuant dans un
drap ufé , mais ce moyen eft impratiquable au quatrième âge , où, dans
une éducation confidérable , il faut plufieurs quintaux de feuilles. Il ne refte
alors d’autre reffource que de faire jeûner les vers au rifque de retarder la
montée de quelques jours. Ce jeûne ne peut nuire aux Vers peu vigoureux,
il en a même quelquefois rappellé de l’état de langueur où ils étoient :
mais il faut obferver de fermer portes ôt fenêtres , & de ne faire que peu
ou point de. feu , nous en verrons bientôt la raifon. S’ils font tous feins
& robuftes, on pourra, à cette époque feulement, leur fervir la feuille
mouillée ; mais en même tems allumer des feux de flamme aux quatre coins
de l’appartement Sc enlever la litière dès que le repas fera achevé.
On appelle Miellée une humidité onêtueufe ôt gluante qui femble feinter
à travers les feuilles. Elle eft pour les Vers à foie, ainfi que la rofée, un
poifon dont ils meurent prefque febitement, en jettant par la bouche une
goutte^ de liqueur brune. Il eft donc prudent de ne cueillir la feuille qu’après
que l'air ou le foleil auront fait évaporer la rofée, ôt fi quelque arbre eft
miellé, de ne fe fervir de la feuille que lorfqu’elie aura été lavée par la
pluie, ou fi on n en a pas d’autre , qu’àprès l’avoir lavée foi-même dans une
eau courante. On doit fer-tout recommander en tout tems la plus grande
propreté à ceux qui feront chargé? de la cueillette 6c de la diflribution.
Il eft important de calculer d’avance la quantité de feuilles dont on
aura befoin relativement à la quantité de graine qu’on fe propofe de mettre
a couver. Si on n’en a qu’une ou deux onces, il faut compter à peu près
fur 20 à 22 quintaux de feuilles par once. Cette proportion varie fi la
couvée eft plus confidérable. De y à 6 onces il faut 1 7 a 18 quintaux
par once. De 10 à u onces , 1 y à 1 6 quintaux ôt de iy à 20 onces,
i 2 quintaux environ. La même proportion a lieu dans la produâion de la
foie , car fouvent une once de graine produira 100 liv. de cocons , pendant
que 10 onces n’en donneront que 600 liv. ôt 20 onces rarement de y 00
à 600 liv ., c ’e ft-à-d ire , 2y à j o liv. par once. La raifon de cette