
les unes mangent au befoin le papier , le poil, les plumes ; ôt leurs
excréments, comme ceux des Teignes, retiennent la couleur des matières
qu’elles ont- rongées ; les autres particulièrement ennemies des Abeilles ,
minent leurs ouvrages au point quelquefois de les forcer à abandonner leurs
ruches. Elles fe foucient peu du miel, & fe nourrilfent de cire ; elles forment
au bout de leur galerie une coque de foie mêlée de grains de cire, fit donnent
naiffance à un Papillon très-agile, qui fe glilfe dans les ruches pour y dépofer
fes oeufs.
L ’efpèce de fauffe Teigne qui nous intérelfe davantage par le dégât
quelle occafionne dans nos greniers , eft celle qui fans entrer dans l’intérieur
des grains, en amalTe & lie plufieurs enfemble fit s’en forme un fourreau
dont elle ne fort que pour ronger, en tout ou en partie, les grains qu elle
trouve à droite & à gauche ; fes reftes forment à la fuperficie des tas une
croûte qui a quelquefois deux & trois pouces d’épaiffeur, quand ces Inférés
s’y trouvent malheureufement raffemblés en quantité. Si on remue ces grains,
les faulfes Teignes montent aux murailles , mais bientôt après elles rentrent
dans le tas. M. Parmentier, fi connu par fes recherches fit par fes travaux,
vient de nous indiquer un moyen bien fimple d’en préferver nos grains ;
c’eft de les mettre en facs dès qu’ils font battus, d’écarter ces facs les uns
des autres, fit de les garder ainfi ifolés jufqu’à ce qu’on les emploie. Mais ce
moyen eft infuffifant contre certaines efpèces de Chenilles qui en différens
tems, & en différentes Provinces , ont fait fit font encore de tems à autre des
ravages effroyables , fit ont mérité par-là une attention particulière de la
part du Gouvernement fit des Naturaliftes. De deux générations de Papillons
qu’elles produifent , l’une à la fin de l’été va pondre dans les greniers ;
l ’autre en Mai fit Juin s’empreffe d’en fortir pour aller dépofer fes oeufs fur
les épis : comme elles appartiennent à la claffe des Phalènes , nous en
donnerons l’hiftoire dans les defcriptions particulières. Il feroit bien a defirer
que des Naturaliftes éclairés s’occupaffent de trouver des moyens efficaces
fit fans inconvénients , de délivrer l’humanité de pareils fléaux.
_ , Bonnet dans fes Mémoires très - intéreffans, parle de nouvelles parties
ï>ag. jip&fuiv, qu’il a découvertes dans plufieurs efpèces de Chenilles quil a obfervées.
P1‘ s' £' 5' En preffant un peu avec les doigts entre la lèvre inférieure fit la première
paire de jambes écailleufes , on voit fortir une efpèce de bec ou de trompe
charnue, rougeâtre, affez Taillante, avec un petit aiguillon écailleux , dun
noir luifant, placé auffi fous la lèvre inférieure , mais beaucoup plus près
de la filière. C’eft à l’obfervation fit à l’expérience à nous apprendre l’ufage
de ces parties , qui ont été' remarquées par ce favant Naturalifte , tant
dans plufieurs efpèces que nous avons a décrire , que dans celles qui
produifent les Papillons de Jour fit les Sphinx. Il en a donné un tableau
fort étendu ; nous aurons foin dans les defcriptions particulières de faire
mention de celles qui en font pourvues.
Le même Auteur a remarqué que plufieurs efpèces de Chenilles
exhaloient une odeur de rofe , d’autre une forte odeur de punaife, fit que
leurs coques en étoient imprégnées.. Il eonjefiture avec beaucoup de
vraifemblance , que cette odeur eft due a leur foie , puifqu elle ne fe fait
fentir, que quand les Chenilles commencent à -filer.
Celles qui vivent en fociété fit beaucoup de folitaires, ne fe transforment
point en Crifalides dans la même année de leur naiffance. Les premières
filent un nid compofé de plufieurs tiffus de foie tres-ferrés fit très-épais ,
qui les rendent impénétrables à l’eau ; les autres fe retirent en terre , ou
dans des creux d’arbres ou de murailles, fit y paffent l’hyver. Toutes reftent
engourdies pendant cette faifon, fit dès quau printems, la pouffe des feuilles
leur affure une nourriture abondante, elles fortent de leur retraite, mangent
quelque tems, fit fe changent en Crifalides.
La plupart des Chenilles de Phalènes .filent des coques dans lefquelles
elles fubiffent leur transformation. Les unes entrent en terre fit parmi celles
là quelques-unes fe contentent d’enduire d’une efpèce de gomme , ou de
quelques fils, le creux qu’elles y forment, d autres reftent en plein air ;
fouvent on trouve leurs cocons entre des feuilles roulées , ou attachées par
quelques brins de fils , ou dans des trous de murailles & creux d’arbres. La
Crifalide qu’ils contiennent eft ordinairement ovale; elle eft liffe ôt arrondie
par la tête fit de couleur marron, Nous en trouverons cependant quelques-unes
dont le fommet eft applati , mais elles font rares fit ne font jamais affez
anguleufes pour être confondues avec celles des Papillons de Jour.
Nous nous arrêterons peu à la forme Ôt a la compofition des coques.
non-feulement chaque claffe , mais encore chaque famille , a fouvent une
manière particulière de çonftruftion, fit dans plufieurs elle eft très-recherchée.