
différens fens , par le grand nombre d’articulations dont elles font composes#
Toutes les barbes mêmes font mobiles, mais elles paroiflent forcées à fe
mouvoir à la fois.
A~ parler en général, on peut regarder la trompe des Papillons comme
un cara&ère qui leur eft commun à tous, & dont Î1 femble qu’ils ne
pourroient fe paifer, puifqu’elle leur fert à pomper le fuc des fleurs;
cependant plufieurs Phalènes en manquent abfolument, & d’autres l’ont
fi courte, que les meilleurs yeux ont peine à les diftinguer. Cette Angularité
celfera de furprendre, lorfqu’on fe rappellera ce que nous avons déjà dit,
que beaucoup d’efpèces de Phalènes paroiflent ne parvenir à l’état parfait,
que pour fonger à fe reproduire ; & nous verrons par la fuite qu’effeclivement
plufieurs ne prennent aucune nourriture j une trompe leur feroit donc
abfolument inutile. Reaumur, ce grand obfervateur de la nature, prétend
que les Papillons qui n’ont pas de trompe, n’ont pas non plus ces deux
petites parties velues entre lefquelles elle eft logée, qu’il appelle les barbes „
& qu’il regarde comme deftinées-à lui fervir d’étui. Il dit que ces-parties
font- remplacées par des bouquets de poils qui partent' d’entre les yeux,
seium. tom I. & de la tête. « Les bouquets, ajoute-t-il, qui fe dirigent en bas, font
» Une marque qu’il n’y a pas de trompe, parce que les poils portés par
» les barbes fe dirigent toujours en haut ». Nous ne contredirons pas
cette affertion, mais nous nous permettrons quelques réflexions fur l’ufage
qu’il afligne à ces barbes. Il eft certain qu’il s’en faut beaucoup qu elles
aient la même configuration dans tous les individus : les uns les ont fi
longues qu’on les. prendrait pour de doubles antennes, ou pour les jambes
antérieures de l’Infeâe ; les autres les portent droites ; dans ceux-ci elles
font courbées en arc, & reffemblent aflfez à des cornes ; dans ceux-là ,
elles ont la forme d’une équerre, excepté que l’angle en eft obtus. Si
elles ne font deftinées qu’à fervir de logement à la trompe, à quoi bon
toutes ces configurations différentes ? Avouons notre ignorance fur : ce
point, comme fur tant d’autres produirions de la nature, & obfervons.
Certaines, familles de Phalènes portent fur leur corcelet, un caraétère
diftinclif bien frappant ; ce font des efpèces de huppes de poils. Les uns
n’en ont qu’une, d’autres deux fit trois à la file l’une de l’autre : dans
quelques-uns elles font accolées deux à deux, Plufieurs de ces huppes
paroiffent Creufes à l’intérieur: quelquefois la cavité de l’une regarde la
t ê t e , & celle de l’autre eft tournée vers le derrière : il y a même des
femelles qui en ont jufques fur les premiers anneaux du ventre. Nous
ferons ufage de ces huppes pour la diftinâion de nos Phalènes en familles.
Une des marques caractériftiques de la divifion générale des Papillons,
eft le port d’ailes dans l’état de repos. Les Papillons de Jour les tiennent
perpendiculaires au plan de pofition : ceux de Nuit au contraire les ont
ou horizontales , ou inclinées à ce même plan. Dans cette dernière fituation,
les ailes forment une efpèce de to it , plus ou moins élevé, plus ou moins
aigù , quelquefois arrondi , d’autres . fois elles embraffent le c orps du
Papillon, à la maniéré de celles des oifeaux. Reaumur & plufieurs Auteurs
après lui, fe font fervis de ces différentes pofitions des ailes pour claffer
les Papillons de Nuit : nous examinerons dans un moment les inconvéniens
de ce fyftême.
Nous avons remarqué que les mâles des Papillons font ordinairement
plus petits que les femelles : mais cette différence eft bien moins frappante
dans les Papillons de jour , que dans ceux de Nuit. Beaucoup de femelles
de ces derniers , font une fois plus groffes que leurs mâles , ce qui paroît
provenir , liir-tout pour la groffeur du corps , de la quantité confidérable
d’oeufs dont elles font furchargées ; aufli commencent-elles leur ponte , dès
que l’accouplement eft fini : plufieurs mêmes font fi preffëes de s’en débaraffer,
quelles en laiffent dans leurs crifalides.
Une Angularité bien extraordinaire & qui n’a été obfërvée jufqu’à préfent
que dans les Phalènes & dans quelques efpèces de Scarabés , le ver luifant
par exemple, c’eft que dans plufieurs familles, les femelles font dépourvues
d’ailes , pendant que leurs rrui les. en ont de très-belles ; toutes les autres
parties de leur corps font d’ailleurs bien conformées. Goedarteft le premier,
qui ait été témoin de la fortie de la crifalide- d’une de ces efpèces d’êtres
imparfaits ; il. y a été fi bien trompé qu’il n’a pas voulu la reconnoître
pour une Phalène. Ces femelles ne font cependant pas abfolument fans
ailes , elles en ont quatre que l’on pourroit plutôt appeller- embrions d’ailes,
qui ne fe peuvent guères diftinguer qu’avec le fecours de la loupe, &
qui font,garnies de poils. Plufieurs Chenilles à broffes , & des arpenteufes
à dix pieds, ainfi- que des Chenilles teignes qui vivent dans des foureaux
donnent des Phalènes de cette elpèce.