
précautions parvenir aux endroits les plus éloignés fans crainte d'altération.
Si la graine eft détachée , il faut la mettre en paquets de demi- once
chacun , ou la même quantité dans - des tuyaux de rofeaux , dont on couvre
les bouts d’une toile claire liée autour.
Les oeufs expofés pendant l’hiver dans un endroit trop froid , font plus
long-tems à éclore à la couvée , & n’éclofent pas tous à la fois , ce qui
eaufe préjudice & embarras ; à une température trop chaude ils écîofent
avant la pouffe du Mûrier , & c’eft autant de perdu. Il faut donc garder
un milieu, & foit par eftime , foit au thermomètre leur donner à peu
près une chaleur commune de i o degrés , en les plaçant pendant l’été ,
dans l'endroit le plus frais de la maifon , où ils puiffent recevoir au plus
i f a i 6 dégrés de chaleur, & pendant l’hiver dans quelque chambre à
l ’abri de la gelée, & dont la température foit de quatre dégrés environ. En
quelqu’endroit qu'ils foient placés , il faut les garantir des fouris, des feignes ,
& fiir-tout de l’humidité.
Il arrive fouvent que par fuite d’éducations mal faites les Vers à foie
s abatardiffent & ne produifent plus au bout de trois ou quatre 3118 qu’une
génération foible & languiffante : il faut alors renouveller la graine 6C
avoir attention , fi l’on habite la plaine ou les fonds, de faire fa provifion
dans les climats froids des montagnes : fouvent cependant l’échange mutuel
dans un climat également tempéré, produit les meilleurs effets dans l’éducation
& y opère d'heureux changements,
Il eft fort inutile, & même dangereux de mettre tremper la graine avant
la couvée, comme bien des gens le pratiquent, d’après les préceptes de
piulxeurs Auteurs : fi c eft dans 1 eau pure elle rend les oeufs plus difficiles
a éclore, fi c’eft dans quelque liqueur fpiritueufe, elles les fait périr comme
fi on les mettoit dans l’huile.
Le Printems eft la faifon la plus favorable pour l’éducation j plus la
trouvée eft hâtive , plus le fuccès en eft affuré : mais c’eft la pouffe du
Mûrier qui doit en déterminer le moment , & fuivant le climat où l’on
habite , il faut confuîter l'expérience fur les gêlées qui peuvent faire périr
ffes jeunés feuilles. Si l’hiver a été long & rude , il y a lieu d’efpéret
C[u on n aura point a craindre ce malheur y & on peut mettre à couver
dès les premiers bourgeons du Mûrier. Si au contraire l’hiver a été tempéré,
&
& que le printems avancé faffe pouffer la feuille, il eft prudent de ne
hafarder quune parue de fa graine | fauf à faire couver le refte à io ou ia
/ours d intervalle. |v *
On n’aura aucun égard aux prétendues influences de la Lune , ni à
quantité de préceptes abfurdes , fur le tems de la couvée & de l’éducation ;
ce ont de vieux fruits de l’ignorance & de la fuperftition qui deshonorent
la Phyfique & la raifon, & qui ne peuvent être accueillis que par le,
efprtts foibles & dénués de connoiffances. ^
I V.
De la couvée fpontanée & artificielle,
I j A couvée des oeufs du Ver à foie commence, à proprement parler,
auihtot qu ils font pondus : ils écloroient naturellement à un dégré de
chaleur égale à celui d’un hiver tempéré , mais dans un tems beaucoup
p us ong. Ceft ce terme qu’il s’agit d’abréger , ou plutôt de favoir régler
par la couvée artificielle, car l’expérience a démontré que les Vers éclos
eux m mes fans le fecours de 1 art , ne dédommagent jamais des foins
quon en pourroit prendre : d’ailleurs ils écîofent tard, ne trouvent plu»
de feuilles tendres proportionnées à leur âge , & le tems de la montée eft
reculé jufqu aux grandes chaleurs auxquelles ils ne réfiftent guères. La
couvée artificielle eft donc abfolument néceffaire dans nos climats ; mais
1 faut quelle foit précédée , de beaucoup , par la couvée fpontanée, car
on a éprouvé que des oeufs fraîchement pondus ne font point éclos après
avoir été expofés pendant 30 jours à 32 dégrés de chaleur , .tandis que
des oeufs de poule , n’ont befoin que de cinq jours d’une pareille chaleur
pour produire des poulets. On ne peut donc fe promettre deux éducations
par an que dans les pays chauds , où le climat favorife non-feulement la
couvée naturelle , mais la pouffe des Mûriers J & permet de les cueillir
deux fois 1 année fans nuire aux arbres.
Il y a plufieurs manières de couver la graine : la première à laquelle
on a renoncé depuis long-tems étoit de fe fervir delà chaleur du fumier
ty8â. £