
Roefel a fait une obfervation bien remarquable que nous avons vérifié
plufieurs fois ; c’eft que le mâle après l’accouplement emporte fa lourde
femelle pendue à fon derrière , & va la placer dans le lieu le plus
favorable à fa ponte, ou fur les feuilles les plus convenables à la nourriture
des jeunes Chenilles au fortir de l’oeuf. Que de prévoyance , 6c que la
Nature qui la leur infpire eft digne d’admiration !
Les Papillons de Nuit ont différentes manières d’arranger leurs oeufs.
La plupart les placent auffi près qu’il eft poffible les uns des autres, foit
par plaques fur une même feuille, foit en forme de bagues ou de bracelets
autour d’une branche. Ces bracelets que l’on croiroit compofés de petits
grains d’émail, contiennent jufqu’à 2 ôc 3 o o oeufs. La femelle qui produit
les Chenilles Procejjîonnaires du chêne, met des poils entre chaque oeuf,
pour empêcher qu’ils ne fe touchent. Celle de la Commune y apporte un
foin plus recherché : à mefiire qu’elle pond , elle détache du poil roux, qui
forme une greffe touffe à fon derrière, & non-feulement en enveloppe
chaque oeuf en particulier , mais encore en recouvre la totalité. Beaucoup
de Phalènes ont la même induftrie. Reaumur a décrit très en détail la manière
dont elles s’y prennent, & fur-tout l’efpèce de main qui leur fert à arracher
& arranger ces poils deftinés à préferver les oeufs des injures de l’air.
D ’autres ont encore^ des procédés différens qui leur font propres 6c dont
nous rendrons compte dans les defcriptions particulières.
Il eft difficile d’affigner un caraêtère confiant ôt invariable, qui puiffe
faire diftinguer les Chenilles des Papillons de Jour d’avec celle des Papillons
de Nuit. Le défaut d’obfervations exaêles 6c fuivies , le peu d’uniformité
de ces Chenilles, fur-tout dans celles qui produifent les Phalènes , font
qu'on ne peut donner que des généralités ; car les unes font liffes 6c
fafes, les autres très-velues : il y en a à 1 o , à i s , à 14 & à 1 6 pieds.
En général toutes les Chenilles velues à tubercules, donnent des Phalènes,
aucune ne fe transforme en Papillon de Jour. Parmi celles fans tubercules
les très - velues donnent des Phalènes , les moins- velues produifent les
unes des Papillons diurnes, les autres des nocturnes. Toutes les Chenilles à
J>rofTes , les Géomètres ou Arpenteufes , toutes celles qui roulent, plient 6c
pninent les feuilles des arbres ôt des plantes donnent des Papillons-de Nuit,
ïfousj avons cependant deux exceptions dans celles de cette derniere claffe ; le
Plain-chant 6c le Papillon Grifette , proviennent de Chenilles qui roulent les
feuilles de la Mauve 6c de la Guimauve, 6c s’y convertiffent en une Crifalide
arrondie en cône, ce qui , joint au port de leurs ailes, dont les inférieures
font parallèles au plan de pofition, ôt les fupérieures feulement à moitié
relevées, pourroit faire prendre ces deux Papillons pour noêturnes, fi d’ailleurs
la forme de leurs antennes à bouton ne les faifoit pas connoître pour être de
la claffe des Papillons de Jour.
Parmi -les Chenilles , les unes vivent abfolument folitaires, les autres
vivent en communauté pendant un tems, d’autres enfin paffent toute leur
vie en fociété. Il n’en eft aucune de cette derniere efpèce qui produife des
Papillons de Jour. Parmi elles on remarque particulièrement celles appellées
par Reaumur ProceJJionnaires du chêne ; la folidité de leur habitation, l’ordre
6c la régularité de leur marche , qui égale celle des foldats les mieux
difciplinés, ont quelque chofe d’admirable ; mais auffi elles font les plus
redoutables de toutes les Chenilles velues. Non-feulement elles caufenr
comme les autres quand on les touche des démangeaiforis occafionnées par
la piqûre de leurs poils , qui extrêmement déliés s’infinuent facilement
dans les pores de la peau, mais encore elles font à craindre par leurs nids ,
6c d’autant plus , qu’ils font plus vieux. Ces nids font compofés en grande
partie de poils, qui d’abord doux ôt flexibles , fe durciffant avec le tems,
deviennent caffants, ôt fe réduifent en pointes fines : fi l’on effaye d’enlever
ces nids , ou de les ouvrir , l’air qui les environne eft auffitôt rempli de
ces petits poils , qui deviennent d’autant plus dangereux qu’ils s’attachent à
des parties plus délicates ,■ il en réfulte des ampoules 6t des démangeaifons
infupportables , même des inflammations qui durent plufieurs jours. Reaumur
confeille de frotter fortement les endroits douloureux avec du perfil : nous
nous fommes fervis -avec fuccès de l’alkali volatil fluor.
Les Chenilles qui produifent les Papillons de Jour, changent ordinairement
trois fois de peau , 6c celles qui donnent des Papillons de N u it, au moins
quatre fois , quelques-unes jufqu’à fept 6c huit fois. M. de Johet, que.nous
avons déjà eu occafion de citer , en a obfervé , qui n’étant qu’au tiers
de leur grolfeur , en avoient déjà changé huit fois : des circonftances
particulières l’ayant empêché de fuivre leur éducation, il n’a pu vérifier
combien de mues ces infectes auraient éprouvés.