
Reaam. rom. I. Pl.XVIlI.fig.i.
Pap. Sphinx ,
pag. 85. PI. CVII.
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On fait que dans ces différens changemens elles rejettent non-feulement
leur peau, mais toutes leurs parties extérieurescrâne, mâchoires, filières,
jambes & crochets : les nouvelles qui les remplacent font emboëtées dans
lçs anciennes. Il paroitra allez étonnant que plufieurs elpèces dévorent leurs
dépouilles pfefqu aulfitot qu’elles les ont quittées ; fit ce qu’il y a de pluS
fingulier, c eft que malgré leur état de foiblelfe , - elles commencent cet
étrange repas, par les parties les plus dures. Ce goût eft commun à plufieurs
Chenilles de Papillons de Jour , de Sphinx & de Phalènes.
D’autres portent la voracité au point d’attaquer & de manger non-
feulement des Chenilles d’efpèces différentes, mais celles de leur propre
efpèce. Reaumur n’a parlé que d’une' feule dont il a donné la figure.
Bonnet a obfervé de plus celle du Tithymale, que nous avons décrite &
repréfentée.
Il n’y a point de plante qui ne nourrifle quelques-unes de ces petites
Chenilles qu’on appelle, Lieufes , Plieufes & Rouleufes, fuivant leur
maniere différente de travailler. Les unes fe contentent de courber ou de
plier lès feuilles , au moyen de quelques fils ; d’autres en amaffent & en
lient plufieurs en un paquet informe : les Rouleufes ont un travail beaucoup
plus compliqué , elles conftruifent une efpèce de rouleau, dont la forme ,
les dimenfions , & la pofition varient fuivant les efpèoes. Les uns font
cylindriques , d’autres reffemblent à un cornet de papier , tous font roulés
en fpirales & ouverts à l’une de leurs extrémités , ce qui laiffe à la Chenille
la liberté, de fortir.
Les Mineufe* favent fe procurer une habitation avec plus de facilité.
Elles font de la plus petite efpèce, & s’introduifent entre les deux membranes
de la feuille, dont elles mangent le parenchyme : elles y trouvent donc en
même tems la nourriture & le logement. Les unes minent en grand, St
s’étendent indifféremment dans toute la largeur de la feuille : les autres y
percent feulement des galeries, & s’y pratiquent des routes plus ou moins
çortueufes ; la plupart filent leur coque dans la mine même, quelques-unes
1 abandonnent & vont femetamorphofer ailleurs. Elles font toutes extrêmement
agiles , & éprouvent des elpèces de convulfions pour peu qu’on les touche.
§1 °n. les. incpmmode trop, elles fortent de leurs demeures, fufpendues q
pn fil de foie , qu’elles filent chemin faifant.
T QUtçj
Toutes ces petites ‘ efpèces produifent des Papillons qui font de petits
chefs-d’oeuvre de coloris & de peinture ; on regrette en les examinant de
près , que la Nature n’ait pas travaillé plus en grand.
Nous ne nous étendrons point fur l’ingénieufe méchanique , & les
manoeuvres de ces Rouleufes que Reaumur & de Geer fon illuftre Emule
ont fi bien obfervées. Les defcriptions très-,détaillées qu’ils en donnent
dans leurs ouvrages , & qu’on lit toujours avec un nouveau plaifir, ne
peuvent que nous remplir d’admiration » pour celui qui a donné l’être à
» tous ces petits animaux , & qui a varié les moyens de les faire fubfifter
» de tant de manières différentes , toutes également fures & remarquables.
Nous ne pouvons palier fous filence deux efpèces de Mineufes,
fingulièrement conformées , qui font deux exceptions à la régie que nous
avons établie d’après Reaumur pour le caractère diftinfftif des Chenilles,
fuivant laquelle elles doivent avoir au moins huit pattes, & jamais plus
d“ feize. L ’une a été obfervée par de Geer le Reaumur de la Suede.
Elle vit fur le Rofier & mine en galerie ; elle n’a point de pattes écailleufes,
& en a dix-huit membraneufes égales qui fe fuivent fur tous les anneaux :
les premier , onzième & douzième feuls en manquent. On pourrait donc
çlafler cette Chenille parmi les vers, fi elle ne produifoit un Papillon dont
de Geer a donné la figure.
L ’autre a été obfervée par M. Godeheu de Riville, Commandeur de
Malthe, qui en a donné l’hiftoire dans ftes Mémoires de l’Académie des
Sciences. Celle que nous venons de décrire a plus- de jambes que n’en ont
les Chenilles ordinaires ; celle-ci en eft abfolument dépourvue. Elle fe fait
dans une feuille de vigne une cellule de deux morceaux ovales qu’elle coupe
& amincit, lie enfemble ces deux pièces & emporte fa maifon comme un
limaçon fa coquille. On fera peut - être embaraflé de favoir comment elle
peut marcher ; mais la Nature'y a pourvu. Cette Chenille file un petit
monticule de foie, le faifit avec fes dents, tire fa coque à elle, avance la
tête , file un autre monticule , s’y crampone de nouveau , & parcourt
qinfi des efpaces affez confidérablës. Arrivée à fon but elle s’arrête dans une
fituation verticale, fe change en Crifalide & produit fon Papillon.
Les fauffes Teignes qui comme les Mineufes , fe pratiquent des galeries
fians les différents corps dont elles fe nourriflent, font de plufieurs efpèces :
tj8 5 . B
Reaum. tom. II.
Mém. V. pag. 20p.
De Geer, toml.
pag.384.
Difcours prél*
pag. XIII.
De Geer, tom. I.
pag. 4,ff. PI. JO fig. 10.
Tom.I. p. 177*