
■ donc a (Tu ré de les avoir en nombre égal , & par une fingularité bien'
remarquable & aufli confiante , quoiqu’il y ait toujours dans une chambrée
des cocons de différentes couleurs , jamais les doubles ne font mi-partis , le
Fileur s affocie toujours ayec une Fileufe de même couleur que lui. Ce qui
jufqu a préfent a pu détourner de les mettre à profit eft la difficulté de les
faire éclore : en effet quoiqu’ils foient deux dans cette prifon ^ dont l’épaiffeur
& la réfiflancè font doubles, un feul cependant travaille ponr s’en affranchir :
aufli épuife-t-il fes forces & périt , ou avant , ou auffitôt après fa fortie. Il
faut donc la lui faciliter, en Goupant avec un couteau bien affilé , le côté
de la tête , c eft-à-dire , le bout le plus arrondi du cocon , de manière
cependant que le morceau y refte attaché par un côté ôc faffe l’office d’une
foupape. Quoique les deux Chenilles en filant, aient la tête oppofée l’une à
l ’autre , elles fe réunifient vers le même bout quand la tâche eft achevée. Si
on craigaoit de fe tromper, il faudroit marquer les cocons avant de déramer,
la tête eft toujours oppofée à la bafe des rameaux.
Quand on a fait fon choix, il faut étouffer les autres Crifalides dans-leurs
coques , ce qui fè fait de deux manières : la première eft de les mettre en
tas dans des mannes plus longues que larges , d'environ huit pouces de
profondeur dont on couvre le fond , & enfuite les cocons , de gros papier
gris . on les porte ainfi dans un four de boulanger, deux heures après que
le pain en eft tiré, ceft-a-dire a peu près au H oc. dégré du thermomètre, ôc
on les y laiffe environ une'heure. La fécondé eft aufli prompte & plus
sûre, en ce que les cocons font étouffés plus également ; elle eonfifte à
mettre fur un fourneau allumé un grand chaudron à moitié plein d’eau :
on attache aux bords d’un cerceau proportionné à l’évafement du chaudron ,
un filet bien tendu, que bon charge de cocons ; dès que l’eau commence
à bouillir, on place le filet dans le chaudron au-deffus de la vapeur , de
maniéré qu il ne touche point à l’eau : on recouvre le tout de planches ,
lùr lefquelles on jette une couverture , au bout d’un demi-quart d'heure on
peut oter les cocons, ôt recharger le filet.
Quelques foient ceux que Fon aura choifi pour éclore , il faut les
débaraffer de la bourre qui les enveloppe, enfuite les enfiler par le bout le plus
menu ôc en former des guirlandes fur une perche : il eft aifé alors d’en
dé»çh$r lqs Papillons à mqfure qu’ils fartent, & de garantir les autres cocons
d’un
alun excrément liquide que lance le Papillon , foit au moment de fa fortie ,
.fôit quelque,tems après. Ordinairement ils. éclofent vers la fin de Juin &
environ vingt-quatre jours après avoir commencé à filer. Les naiffances durent
neuf à dix jours ôc ont lieu depuis le .lever du foleil jufqu’à huit à neuf heures
,du matin.
On préparera une table couverte de morceaux d’étamine ou de voile
noir, dans un endroit frais ôc fec , hors de la portée des chats & des
poules -, & on y portera les Papillons à mefure qu’ils écloront pour les
accoupler. Comme les mâles font plus hâtifs que les femelles, on en met en
réferve pour le lendemain, qu’il en éclot plus des dernières.
La connoiffance des fexes eft mdifpenfable lors du défaccouplement, pour
ne pas jetter les femelles au lieu des mâles. Outre la différence des antennes
qui font peôtinées & dont «nous ayons donné la defeription ci-deffus, pag. 3.
le mâle eft plus petit , plus vif a le derrière relevé & garni d’un faifeeau
de poils terminé carrément : il bat continuellement des ailes pendant
l ’accouplement. La femelle beaucoup plus groffe , eft très-lente dans fa
.marche ] fon large ventre annonce fa fécondité, fes antennes font couchées
fur les côtés, tant qu’elle eft unie au mâle, ôc fes ailes Immobiles ôc rabattues.
PI. CXXIV. Fig. 1 68. x. Ç ’eft aufli la fituation de l'infecte dans l’état de
repos , Fig. 1 68; r.
Le mâle, comme parmi prefque tous les animaux, fait les avances : mais
fouvent il paroît ne chercher fa femelle qu’à, tâtons. Il eft donc quelquefois
néceffaire de les rapprocher , pour mettre à profit les inftans précieux d’une
vie , qui ne doit durer que peu de jours.
Les femelles qui manquent de mâles, fe reconnoiffent à un corps charnu,
qui leur fort du derrière, ôc qui eft compofé de trois lobes difpofés en treffle :
on s’en apperçoit fur-tout vers là fin des naiffarfcès , c’eft le tems où il éclot
le plus d£ femelles : fi on n’a point de mâles en réferve , ôc fi on ne peut
en emprunter chez fes voifins, on fait ufage de ceux qui ont déjà fervi.
Les accouplements ne font jamais plus longs que de vingt-quatre heures ;
il faut abréger ce terme, ôc le réduire à neuf ou dix , comme femblent
l ’indiquer la plupart des femelles, par les efforts, qu’elles font pour fe
débarraffer. Ce terme, eft fuffifant pour la fécondation ôc fi on diffère,
»1 eft à craindre .qu’un grand nombre, en fe retirant d’elles-mêmes, ne pondent
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