
savant a fait déposer tous les fragments de l’exemplaire dans une couche
de gypse, qui, en se durcissant, tient tous les morceaux en rapport, de
manière qu’ils ne peuvent s’égarer, ce qui serait vraiment une perte
pour la science.
Au premier abord on a de la peine à croire que c’est la caudale
d’un poisson qu’on a devant soi, surtout à cause des dimensions
extrêmement grandes, mais en examinant l’individu avec toute l’attention
qu’il mérite, on acquiert bientôt la conviction que ce ne peut
être que la caudale d’un poisson de l’ordre des Ganoïdes rhombifères :
les fulcres qui bordent les rayons extérieurs, et les écailles plus ou
moins rhomboïdales et couvertes d’une couche d’émail, qui se trouvent
au pédoncule de la caudale, prouvent assez clairement que c’est une
véritable nageoire caudale qu’on observe. Cependant quelque^ facile
qu’il soit de déterminer l’ordre auquel doit être rapporté le poisson
dont on a devant soi la caudale, il est pourtant difficile d’indiquer la
famille dans la quelle il doit être rangé. Or, dans les cinq familles de
l’ordre des ganoïdes rhombifères — celle des Polyptérides, des Lépidostéïdes,
des Acanthodiens, des Dipteriens et des Pycnodontes — on
ne trouve que trois genres, tous les trois parmi les Lépidostéïdes, dont
les membres aient une caudale qui, à proprement parler, ne soit ni
hétérocerque, ni homocerque, c’est-à-dire une caudale qui au lieu d’être
composée de deux lobes distincts n’est formée que d’un seul lobe.
Avant d’entamer notre sujet principal, étudions ces cinq familles :
c’est M. Pictet qui nous guidera.
1°. La famille des Polyptérides, caractérisée par des nageoires dorsales
nombreuses dont chacune est supportée par une forte épine, ne
renferme qu’un seul genre, celui des Polyptères (Polypterus, Geoffroy)
genre composé d’espèces qui habitent les fleuves de l’Afrique. Aucun
fossile n’a été rapproché de ce type remarquable. La caudale en est
homocerque.
2°. La famille des Acanthodiens ne renferme que des poissons
hétérocerques des terrains anciens. Elle n’a que cinq genres. Trois
d’entre eux n’ont été encore trouvés que dans le vieux grès rouge; un
autre a un représentant dans le même terrain, et deux dans les terrains
carbonifères; le cinquième appartient à l’époque permienne.
3°. La famille des Dipteriens renferme des poissons hétérocerques peu
nombreux, ayant deux dorsales et deux anales. Le caractère exceptionnel
de la duplicité de l’anale se présente également, il est vrai,
dans quelques ganoïdes cyclifères, mais n’a jusqu’à présent été constaté
dans aucun poisson fossile postérieur à l’époque carbonifère.
4°. La famille des Pycnodontes n’est composée, comme M. A gassiz
l’a dit, que de genres homocerques. Mais Sir P hilippe Grey Egerton
a prouvé qu’on doit leur associer les Platysomus, poissons à caudale
hétérocerque.
5°. La famille des Lépidostéïdes renferme plus de quarante genres,
et c’est pour cette raison que M. Pictet la subdivise en cinq tribus ,
dont trois sont composées de poissons homocerques et deux de poissons
hétérocerques.
Ainsi je ne saurais ranger notre caudale dans aucune de ces
cinq familles, parce qu’elle n’est ni homocerque, ni hétérocerque ;
au contraire, elle est tronquée ou pour mieux dire coupée carrément.
Mais dans la famille des Lépidostéïdes on a placé trois
genres, dont les membres ont une caudale carrée. Ce sont les genres
Tetragonolepis, Dapedius, Amblyurus. C’est donc à un de ces trois
genres qu’on doit associer notre poisson. Mais auquel des trois ?
Toutes les espèces du genre Dapedius n’ont été trouvées que
dans le lias, et n’ont point de représentants dans les étages jurassiques
supérieurs. On ne connaît qu’une espèce du genre Amblyurus, l’Amblyurus
macrostomus du lias de Lyme-Regis. Le genre Tetragonolepis
est abondant dans le lias, les espèces qui le constituent se trouvent
surtout à Lyme Regis, à Boll, à Byrford, à Barrow, à Neidingen,
à Seefeld. Ainsi de deux choses l’une: je devais former une nouvelle
famille, composée d’un seul genre et ce genre ne se composant jusqu’ici
que d’une seule espèce, que l’on trouve seulement dans les calcaires
lithographiques de Bavière, ou bien il fallait associer mon exemplaire à la
famille des Lépidostéïdes. J ’ai préféré la derniere manière de voir:
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