
se caractérisaient par une caudale très-large et profondément échancrée,
les deux espèces que j ’ai rencontrées doivent être sans contredit des espèces
nouvelles, car on ne peut dire ni de l’une ni de l’autre que leur
caudale soit très-large, et cependant elles proviennent des schistes de
Solenhofen. La caudale des individus que j ’ai devant moi est de la forme
de la caudale de nos harengs vivants. Or, quoique la caudale du hareng
commun soit fourchue, personne ne s’avisera de la considérer comme une nageoire
très-large etprofondément échancrée, et c’est justement dans cette caudale
moins large du Thrissops micrurus que je trouve une différence notable
d’avec les autres Thrissops de Solenhofen. Loin de moi pourtant de
fonder mon assertion sur un caractère d’une valeur si relative: je crois
que la longueur et la largeur plus ou moins grande d’une caudale et
son degré d’échancrure peuvent faire distinguer les races ou les variétés,
mais qu’elles ne peuvent constituer aucune différence spécifique, ni
servir de signe caractéristique de l’espèce. Donc, si la moindre largeur de
la caudale constituait la seule différence de mes espèces de Thrissops
d’avec celles de M. A g a s s iz , je n’ hésiterais pas à les ranger comme
variétés parmi les espèces de ce savant. Mais on trouve à la fois dans
mes individus une différence dans le nombre des vertèbres et dans celui
des apophyses épineuses et interépineuses. Je crois" que la charpente
osseuse surtout doit guider le naturaliste dans la détermination des espèces
de poissons fossiles.
Le caractère dominant du Thrissops micrurus consiste, comme je
viens de le dire, dans la petitesse relative de la caudale, et c’est pour
cela que je lui ai donné le nom de micrurus. J ’ai devant mc^quatreexem-
plaires de cette espèce, dont deux à double. empreinte. Par cette abondance
de matière j ’espère pouvoir donner une description assez complète.
La tête est en proportion du reste du corps : sa longueur, de la
pointe- du museau jusqu’ au bord postérieur de l’opercule, est à la longueur
du corps entier en raison de 1 : 4 , tandis^que la tête du T. for-
mosus est comprise presque sept fois dans la Jongueur totale du poisson.
Le dos du T. micrurus n’est pas voûté comme celui du T. formosus ; le
premier a bien plutôt la forme du T. cephalus, seulement il est en général
un peu plus trapu que ce dernier. L’oeil de notre individu, quoiqu’as-
sez grand, n’est point du tout énorme, comme le dit M. A gassiz
de l’oeil du T. cephalus. Presque toutes les. parties du squelette sont
conservées, la plupart avec la plus grande netteté, comme cela se
voit dans beaucoup de poissons d e . ce genre. La colonne vertébrale
est assez robuste: elle se ; compose de 56 vertèbres, elle en a donc
deux de plus que celle du T. formosus. Les côtes sont longues et
grêles ; les apophyses inférieures de la . région caudale sont très-minces,
les. supérieures sont un peu plus fortes. On trouve; un assez grand
nombre d’arètes musculaires., surtout dans la région caudale: elles sont
minces et longues. Les osselets interépineux sont grêles; en comparaison
des .vertèbres, mais ils sont en harmonie parfaite avec les rayons
des nageoires qu’ils supportent. Il y a un osselet interapophysaire pour
chaque rayon des nageoires dorsale; et anale. Je n’ai pu trouver aucune
trace d’osselets interépineux inermes, et cela paraît prouver que le T.
micrurus appartient au groupe du T. formosus et non à celui du T. mi-
cropodius. Dans un de mes exemplaires je compte au delà de 14 rayons
branchiostègues courts et très-fins.. On . ne trouve dans aucun de
mes individus une trace de dents: il est vrai que la gueule est
très-peu fendue, et que dans trois exemplaires elle est toute fermée::
quant au quatrième individu il est comprimé de haut, en bas , sa
tête ne se voit que d’en haut, et conséquemment il serait impossible
de voir les dents quand même elles existeraient.
Les nageoires pectorales sont de moyenne grandeur et composées de
plus de 12 rayons. Je n’ai pu voir si ces rayons sont bifurqués plusieurs
fois.,comme ceux du T. formosus; au .contraire, je crois voir qu’ils
restent indivisés et saris articulations jusqu’à l’extrémité, quoique cela
soit presque sans exemple: et pour cette raison je suis tenté deicroire
que ces rayons avaient des articulations et étaient bifurqués. .comme les
rayons des autres ganoïdes, mais que leurs divisions étaient très-peu
prononcées. Les nageoires ventrales sont plus rapprochées de l’anale
que des pectorales ; et en ce point il y a une ressemblance assez grande
entre notre espèce et le T. cephalus. Il ne m’a pas été possible de