
MM. ^[archizet et Lasne, les deux principaux artistes chargés de l 'exécution de mes planches, qui,
par leur talent et le soin qu'ils ont mis à reprodui re mes dessins avec la plus scrupuleuse exactitude,
ont ainsi contribué à la bonne exécution de cet ouvrage.
Les dessins des spores ont été surtout l'objet de tous mes soins. Connaissant leur importance, je
n'ai rien négligé pour en reproduire à la chambre claire toutes les gouttelettes ou granulations
intérieures aussi bien c[ue les reliefs extérieurs si délicats ou si variés qu'ils soient, tant ils ont, à
mon avis, d'importance pour les déterminations. J'ai tenu aussi à les représenter tous au même
grossissement, afin qu'on puisse déjà reconnaître, à première vue, les différences de taille et d'aspect.
J ' a i tenu en outre à donner dans mes dessins anatomiques, non des études cytologiques si en
vogue en ce moment , mais plutôt celles qui pouvaient indiquer des caractères génériques et spécifiques
à la portée de tous les mycologues. Je suis convaincu c[ue ces études cj^tologic^ues, dont je
suis loin de contester la haute valeur scientifique et l'utilité, ne seraient pas ici à leur place, car
elles nécessitent des t ravaux de laboratoire qui ne sont malheureusement à la portée que d'un très
petit nombre d'amateurs. Beaucoup de ces derniers sont même éloignés de l'étude si attraj^ante de
la mycologie systémat ique par l'abstraction et la difficulté des études c3'tologiques.
L'ouvrage quej e présente aux mycologues sera donc de simples « Icones » accompagnées d'un
t e x t e contenant la description des espèces figurées, comme aussi la mensurat ion des thèques et des
spores que je n'ai pas cru devoir indiquer sur les planches mêmes pour ne pas trop les charger et
n u i r e ainsi à leur clarté. Cette description sera naturellement suivie de l'explication de ces planches.
Déjà on a pu voir que cette explication donnée au fur et à mesure de leur apparition n'était que
provisoire, les espèces étant publiées dans l'ordre seulement des dessins. Il était devenu nécessaire
de remettre de l'ordre dans cette publication qui aurait été par ce fait difficile à consulter. J'ai
donc fait suivre mes « Icones Mycologicoe » d 'un volume de texte indiqué plus haut, suivi d'une
table alpliabétique qui permettra d'arriver à trouver facilement l'espèce cherchée. Le texte provisoire
devra être considéré alors comme non avenu, mais les personnes qui tiendront à le conserver
quand même pourront très bien l 'ajouter à la suite du texte définitif, en le rangeant dans l'ordre de
publication et le faisant précéder des notes et circulaires qui feront connaître alors toutes les viscissitudes
de cette publication qui aura demandé six années.
On pourra voir par mes dessins, que je me suis attaché à reproduire les espèces, uniquement
sur des échantillons en parfait état de fraîcheur et non sur des spécimens défraîchis ou même
desséchés comme on l'a fait si souvent; et que lorsque j'ai reproduit des espèces reçues de correspondants
éloignés, je ne l'ai fait que lorsqu'elles m'étaient arrivées en état tout à fait irréprochable,
convaincu que la moindre dessiccation altère la forme et la couleur de tous les Champignons
charnus. II en est résulté, à ce que je crois, un air de vérité dans mes dessins, qu'on ne rencontre
pas toujours dans les ouvrages même les meilleurs.
Comme on le verra encore, je me suis surtout efforcé de donner le plus possible de Discomycètes
toujours si peu représentés et cependant si intéressants. J'ai pu en reproduire plus de
38o espèces dont 25 Morilles, genre difficile, dont les espèces souvent peu caractérisées, devront
peut-être être regardées, à part quelques-unes qui le sont bien, comme des races ou variétés ; mais
devant l'importance de ce genre, il m' a paru utile de les représenter, parce qu'elles se reconnaissent
souvent à première vue dans les échantillons de choix. J'ai relativement au contraire négligé les
Hj-ménomj'cètes dont on trouvera cependant près de 200 planches, comme étant mieux connus et
plus souvent reproduits. J'ai encore plus laissé de côté les nombreuses familles des Pyrénomycètes,
des Urédinées et autres qui sont habituellement reconnaissables en herbier et enfin celles des
Champignons inférieurs ou imparfaits. Les Champignons charnus soit Hyménomycètes, soit
Discomycètes, se déformant tellement par la dessiccation, ont plus besoin d'être reproduits par de
bonnes figures.
Comme il est facile de le voir aussi, cet ouvrage n'est pas un ouvrage de vulgarisation, mais
bien de science pure, entrepris spécialement en vue de la reproduction exacte d'espèces trop négligées,
qu'on ne t rouve pas ou rarement ; ou qu'on trouve mal représentées dans les auteurs, soit au
point de vue de leur aspect général, soit à celui de leurs caractères anatomiques. Aussi, devant les
encouragements et félicitations que j'ai reçus tant de l'Académie des Sciences qui a bien voulu
honorer ce travai l d'un de ses prix, que de savants et amis de tous les pays, j'ose espérer qu'il sera
de c^uelque utilité et ce,sera pour moi la plus grande satisfaction, et le meilleur résultat de tout e une
existence consacrée entièrement à la science.
E. BOUDIER.