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mâle, et ta conservent le reste de leur vie. Ce fait semble bien plus sensible et plus extraordinaire chez les espèces ou le mâle et la femelle diffèrent beaucoup entre eux par les couleurs du p*u- mage, comme , par exemple, le faisan doré de la Chine, devenu si commun dans nos ménageries, et chez qui ce changement a lieu. J ’ai remarqué dans plusieurs autres oiseaux, dont je parlerai ailleurs , cette même transmutation. Parmi beaucoup d’autres espèces , le mâle seulement prend régulièrement, une fois par an, absolument le plumage de sa femelle ; en sorte qu’à certaine époque de l’année tout paroît femelle parmi ces oiseaux. Je possède chez moi plus de cinquante de ces espèces changeantes, dont j’ai tous les passages d’une iivrée à une autre; mais celle chez qui il paroît le plus extraordinaire est une veuve d’Afrique , connue sous le nom de la veuve à épaulettes rouges (i). La femelle de ce bel oiseau a les couleurs simples de l’allouette, et elle a une queue courte et horisontale comme celle de presque tous les autres oiseaux ; le mâle, au contraire , est totalement noir, excepté au poignet de I’aîle, où il porte une large plaque rouge ; et sa queue longue et très-fournie, est verticale comme celle du coq commun. Mais ce brillant plumage et cette belle queue verticale ne subsistent que pendant la saison des amours, qui est de six mois. Ce tems passé , il se déshabille , prend le costume modeste de sa compagne , et ce qu’il y a de plus extraordinaire, change aussi sa queue . verticale contre une horisontale : il ressemble tellement alors à sa femelle qu’il n’est pas possible de les distinguer l’un de l’autre. Celle - c i, à son tour, quand elle parvient à un certain âge , .et qu’elle a perdu la faculté de se reproduire , se revêt pour toujours de l’uniforme que le mâle avoit arboré passagèrement dans les jours de ses plaisirs. Sa queue s’allonge, comme celle qu’il avoit alors, et devient verticale, d’horisontale qu’elle avoit été. (i) Voyez les planches enluminées de Buffon, No. 635., Cette Cette espèce vit en société dans une sorte de république , et se Construit des nids très-rapprochés les uns des autres. Ordinairement la société est composée à peu près de quatre - vingt femelles ; mais , soit que, par une loi particulière de la nature, il éclose beaucoup plus de femelles que de mâles, soit quelque autre raison que j’ignore, il n’y a jamais, pour ce nombre de femelles, que douze ou quinze mâles qui leur servent en commun. C’est dans le grand livre de la nature que j ’ai lu tout ce que j’écris ici. De pareilles observations n’ont peut-être pas un grand mérite ; et moi-même je n’y attache pas beaucoup d’importance. Mais au moins elles sont exactes ; et les critiques qui ont voulu me donner des conseils et des leçons n’en ont trouvé et n’en trouveront de pareilles ni chez leurs méthodistes, ni chez ces écrivains dont les exclusions se sont faites entre les quatre murs d’un cabinet. On travailloit toujours à exercer les boeufs; et l’on n etoit guère plus avancé qu’au premier moment. Un jour quon les tnanoeuvroit, un d’eux, s’emportant, voulut s’échapper. Le Hot- tentot qui se trouvoit le plus près de lui , tenta de l'arrêter, en le saisissant par le bout de sa corde. Mais ayant malheureusement passé la main dans un noeud coulant qui lui serra le poignet, il fut emporté par l’animal, traîné au loin, et déchiré ou meurtri en vingt endroits, avant qu’on pût arriver à son secours. Bernfry arrivoit encore en ce moment. Il venoifcme voir, et témoin de l’accident, il se trouva près de moi, lorsqu’on me le raconta. Mais profitant de la circonstance, il me représenta combien il étoit imprudent à moi de m’exposer en route avec des bêtes indisciplinées; et il offrit de me céder un attelage de six boeufs bien dressés, si je voulois lui donner en échange un de mes fusi’s de munition avec douze livres de poudre et la quantité de plomb suffisante pour couler deux cents balles. Le marché n’étoit pas désavantageux pour moi ; et s’il m’eût demandé le triple de cette valeur en d’autres objets, je n’aurois point hésité de conclure. Mais fournir des armes à un pareil homme, c’étoit fournir un moyen de mal faire. Je m’y refusai- Lui, de son Tome M Q ll


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